Le territoire d’une biche étant de 700 à 1000 hectares, celui d’un cerf dix fois plus grand

La nuit du cerf

QUELQUES IDÉES FAUSSES ET PRATIQUES ERRONÉES

  • – Aucune consigne de prélèvement, surtout en battue, ne peut s’appuyer sur l’estimation de l’âge précis des cerfs vivants. On peut affirmer avec une relative certitude qu’un animal est jeune ou vieux, mais dans les classes d’âge intermédiaires, les erreurs de jugement sont fréquentes.
  • – On a longtemps pensé, et on pense encore parfois, que certaines régions (en raison d’un milieu réputé pauvre ou d’une imaginaire consanguinité…) ne peuvent abriter que des animaux de faible constitution avec des bois grêles, appelés “petits cerfs de pays”. Ces sujets sont en réalité des jeunes qui ne demandent qu’à vieillir!
  • – Selon certains, la distinction C1-C2 entraînerait une baisse du taux de réalisation des plans de chasse. Les exemples connus prouvent qu’il n’en est rien. La plupart du temps, les coiffés demeurent mieux réalisés que les biches. Mais, en tout état de cause, la non-réalisation de quelques mâles n’a pas d’incidence sur la dynamique des populations. Le plan de chasse qualitatif n’empêche en rien l’accomplissement du plan quantitatif qui repose avant tout sur le contrôle des groupes matriarcaux en respectant le ratio d’une biche pour un faon
  • Le plan qualitatif par sexe et par classe d’âge respecte le plus possible le polymorphisme naturel des populations. Aucun type de cerf n’y est favorisé ou défavorisé: on prélève les daguets sans tenir compte de la longueur des perches, les sujets avec ou sans empaumure selon leur fréquence dans les effectifs. La configuration des bois n’est pas traduite en termes de “qualité” mais considérée comme le reflet de l’âge.
  • Il ne faut pas confondre vieux cerf et grand cerf. Mais c’est toutefois dans les rangs des cerfs mûrs qu’on aura le plus de chance de rencontrer des animaux porteurs de grands trophées. La récolte régulière mais modérée de ces trophées, obtenus de manière naturelle, est valorisante pour le chasseur et prouve au grand public la qualité de la gestion des populations.

Le cerf élaphe

Apparence et morphologie

Le cerf élaphe est le plus grand cervidé européen après l’élan. Sa morphologie est celle d’un grand coureur: longues jambes, cou allongé et colonne vertébrale droite. Son pelage change deux fois par année: la livrée d’été rougeâtre, acquise en avril- juin, est abandonnée en septembre-octobre pour le pelage hivernal gris brun. Le mâle porte une crinière de couleur brun foncé en hiver. Les animaux des deux sexes

arborent en outre sur le postérieur une grande tache claire, le miroir, de coloration généralement jaunâtre, qui a une fonction de signal au sein de la harde. Les mâles portent des bois constitués de substance osseuse, pouvant atteindre 8 kilos, voire davantage. Ces bois sont particulièrement grands et ramifiés par rapport à ceux des autres cervidés. Comme tous les bois, ceux-ci croissent entourés d’une peau velue, le velours, qui se dessèche au terme de la croissance et dont l’animal se débarrasse en frottant ses bois contre des troncs et des branches. La forme de la ramure est déterminée génétiquement et reste donc assez constante. Les individus peuvent vraisemblablement se reconnaître à leurs bois. Le développement de cette ramure est par contre influencé par les conditions extérieures, en conséquence par la condition physique de l’animal ; son importance peut varier d’une année à l’autre chez un même individu. Il atteint son maximum vers la dixième ou la douzième année, avant de diminuer à nouveau. Les bois servent principalement d’armes lors du rut. Leur forte ramification empêche généralement toute blessure.

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Répartition et habitat

A l’origine, l’aire de répartition du cerf élaphe était continue entre le niveau de la mer et 2’800 m d’altitude. Elle est aujourd’hui morcelée en de nombreuses populations, souvent isolées. Seuls l’espace alpin et l’Europe de l’Est abritent encore des peuplements importants. L’utilisation intensive des zones ouvertes (agriculture, zones d’habitation, voies de communication) et une pression de chasse excessive ont repoussé l’espèce, liée aux steppes et aux boisements clairs, dans des régions où subsistaient de vastes forêts servant de refuges. La présence du cerf n’est guère appréciée dans ces boisements, car il commet d’importants dégâts (abroutissement, frottis, etc.). Des déplacements saisonniers sont observés, surtout dans les montagnes. Le cerf gagne les pelouses d’altitude en été et se réfugie en fond de vallée durant l’hiver. Les individus sont fidèles année après année aux sites choisis. Ceux-ci peuvent être distants de plusieurs kilomètres (de 10 à 40 km dans la région du Parc national suisse). Les voies de déplacement, l’emplacement des habitats se transmettent de la mère aux jeunes (comportement traditionnel). Indépendamment de cette fidélité aux sites, des individus isolés, généralement âgés de 2 à 3 ans, effectuent des déplacements pouvant atteindre 100 km, ce qui leur permet de coloniser de nouveaux habitats.

Alimentation et rythme d’activité

Le cerf élaphe est un ruminant, donc un herbivore. Il ne manifeste guère de préférence pour un type de plante particulier, mais la proportion des herbes doit être très élevée, pour autant que l’animal puisse accéder à des milieux ouverts. Le cerf se situe à mi-distance entre le chevreuil, très sélectif quant à sa nourriture, et le bœuf, qui mange indifféremment les herbages les plus grossiers. Grâce à sa panse volumineuse, le cerf peut adapter sa prise de nourriture aux conditions: en cas de dérangements diurnes, il se contentera de quelques prises de nourriture prolongées durant la nuit et restera inactif le reste du temps. Si le calme règne, les prises de nourriture seront brèves mais fréquentes et réparties sur toute la journée, en alternance avec les périodes de rumination et de repos. La ration journalière de nourriture fraîche varie, selon sa qualité, entre 8 et 20 kilos, qui couvriront généralement aussi les besoins en eau. Comme chez les autres ruminants sauvages, le volume de la panse se réduit à l’approche de l’hiver; il s’agit d’une adaptation à la baisse de l’offre en nourriture. La dentition du cerf est celle typique des ruminants: la mâchoire supérieure présente une plaque cornée en lieu et place des incisives et, à la mâchoire inférieure, il y a un vaste intervalle entre les incisives et les prémolaires. Les canines de la mâchoire supérieure ne jouent aucun rôle dans l’alimentation, mais sont utilisées dans une posture de menace. Le passage de la dentition de lait à la dentition définitive permet de déterminer avec précision l’âge d’un animal jusqu’à 28 mois. Ensuite, l’âge ne peut plus qu’être estimé.