“Le loup et la prédation constituent un enjeu prioritaire dans notre département.” Un voeu pieux répété mille fois par les responsables locaux, mais qui a pris tout son sens ce week-end, à l’occasion de l’assemblée générale de la Fédération départementale des chasseurs des Alpes-de-Haute-Provence. Car le préfet, Patricia Willaert, ne s’est pas contenté de cette introduction politiquement correcte.

Après un rappel des “dégâts occasionnés“, soit 1 261 bêtes indemnisées en 2014 et 47 entre janvier et mars 2015 (+104 %), le représentant de l’État a évoqué la mise en oeuvre du protocole d’intervention sur le loup.

D’abord par le biais des chasseurs habilités et formés pour participer aux opérations de tirs de prélèvement, soit 548 personnes désignées par arrêté préfectoral en décembre dernier. Ensuite, Patricia Willaert a listé les dispositions envisagées dans le cadre du nouvel arrêté ministériel relatif au protocole d’intervention sur la population de loup, qui devra être signé avant le 30 juin.

Il s’agira, en premier lieu, d’autoriser des tirs de défense pluriannuels (jusqu’à 5 ans) pour les éleveurs, afin de les décharger des contraintes administratives. Puis de faciliter le recours aux tirs renforcés, c’est-à-dire de prélèvement de plusieurs loups lors de chasses à l’approche, à l’affût ou en battue au grand gibier, sur un périmètre défini. Autre nouveauté, en 2015, l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) va expérimenter l’utilisation de caméras thermiques et de chiens pisteurs pour les tirs de prélèvement.

“Il faut quitter la convention de Berne pour stopper la prolifération du loup”

Max Isoard, président de la fédération des chasseurs des Alpes-de-Haute-Provence depuis 25 ans, réagit à propos de la présence du loup dans le département.

Patricia Willaert a annoncé qu’il y a actuellement 8 meutes de loups dans le département. Êtes-vous d’accord avec ce chiffre ?

Je pense qu’il y en a hélas nettement plus. On assiste à une explosion du nombre de bêtes. Par contre je partage le chiffre donné par le préfet, qui fait état d’une augmentation de 38 % de la prédation sur les ovins, soit près de 2 000 moutons disparus en 2014.

Que pensez-vous des mesures annoncées par le préfet du département ?

L’utilisation de caméras thermiques est une bonne chose pour mieux cerner les secteurs où le loup est présent. Tout comme le nouvel arrêté ministériel relatif au protocole d’intervention sur la population de loups, qui doit être signé avant le 30 juin prochain et qui diminuera grandement les contraintes administratives que rencontraient les chasseurs. Ceux qui ont été formés auront désormais une plus grande liberté d’action pour intervenir.

Ces mesures suffisent-elles selon vous ?

Non, même si nous y sommes favorables. Tant que le loup restera une espèce protégée par la convention de Berne, sa population va continuer de croître. La France pourrait sortir de cette convention, mais sur ce point je suis plutôt pessimiste. Hélas, ce n’est pas demain la veille que cela se fera.

Tanguy Cohen et Simon Jousset