Doit-on continuer à protéger le loup?

Le conseiller aux Etats PDC valaisan Jean-René Fournier est convaincu de la nécessité d’en finir avec le statut d’exception du loup. Pour Marie-Thérèse Sangra, secrétaire régionale du WWF Valais, il en va au contraire de notre conception même de la nature

Fin mai, une courte majorité de la commission compétente du Conseil national a ravivé la polémique. Elle proposait de donner suite à une initiative parlementaire émanant du canton du Valais qui mettrait fin au statut spécial qui assure la protection du loup en Suisse. Les cantons pourraient autoriser la chasse au grand prédateur sur leur territoire.

Chez les défenseurs de la nature, c’est le tollé. La proposition valaisanne, qui nécessiterait que la Suisse renégocie la convention de Berne protégeant le loup, pose une question de principe, souligne Marie-Thérèse Sangra, secrétaire régionale du WWF Valais. «Partager l’espace avec les autres espèces sauvages, c’est, sur une partie du territoire, laisser faire la nature en faisant confiance à la capacité d’autorégulation de la nature et à notre capacité humaine de nous y adapter», écrit-elle dans une tribune rédigée pour Le Temps.

La protection du loup est l’un des quelques succès contrecarrant une évolution qui, pour le reste, voit l’expansion constante de l’emprise des activités humaines sur le territoire.

Pour le conseiller aux Etats PDC valaisan Jean-René Fournier au contraire, il n’y a pas de raison de maintenir le privilège d’exception en faveur du loup découlant de la réglementation actuelle. Ce grand prédateur doit au contraire être régulé de la même manière que les autres espèces chassables, et c’est aux cantons de le faire. Selon lui, la cohabitation avec le loup reste terriblement difficile, ces animaux sont en passe de former des meutes et on peut désormais les observer même à proximité de zones urbaines.

Lire son texte ici

Il faut en finir avec les privilèges du loup et son statut d’exception

Le conseiller aux Etats Jean-René Fournier (PDC/VS) réclame que les cantons puissent prendre en charge eux-mêmes la régulation du grand prédateur, sur pied d’égalité avec les autres espèces chassables

Le loup est un prédateur privilégié par la loi. Ceci signifie que ce prédateur bénéficie d’un statut particulier et c’est ce privilège statutaire unique que je continue de contester.

A cette fin, mon premier engagement a été d’intervenir aux Chambres fédérales afin que le Conseil fédéral renégocie nos conditions d’adhésion à la Convention de Berne.

Notre pays, souverain et indépendant, doit bénéficier des mêmes possibilités accordées aux onze autres Etats signataires qui connaissent le loup sur leur territoire. En l’occurrence, ce que nous demandons n’est rien d’autre que l’égalité de traitement, en nous permettant de légiférer de manière autonome sur la question du loup.

On va vers la constitution de plusieurs meutes

Actuellement les cantons sont chargés de la protection des espèces chassables, et la gestion des grands prédateurs reste en mains de la Confédération. La dernière révision de l’ordonnance fédérale sur la chasse augmente encore les exigences requises pour la délivrance d’une autorisation de tir. Il s’agit ici clairement de favoriser l’expansion du loup.

Or cette expansion signifie de facto la constitution de plusieurs meutes avec pour corollaire une augmentation des dépenses publiques inhérentes à la protection des troupeaux et à l’indemnisation des dégâts.

En demandant que le loup puisse être régulé, nous ne visons nullement son éradication du territoire suisse, mais nous demandons des solutions équilibrées accordant à chaque espèce animale la même valeur. Nous avons mieux à faire en matière de dépenses publiques.

Il faut être à l’écoute des populations concernées

Comme ancien responsable du département en charge de la chasse et de la faune valaisannes, j’ai été confronté aux multiples problèmes induits par le retour du loup. J’en ai donc une réelle expérience. C’est ce vécu qui m’amène à conclure à la nécessité d’une régulation et d’une gestion rigoureuse de ce prédateur dont l’intelligence et l’opportunisme ne sont plus à démontrer. Il faut aussi être à l’écoute des populations concernées par cette problématique.

La preuve est désormais faite pour tous que la cohabitation avec le loup est terriblement difficile, et parfois même impossible. Outre le fait que les moyens de protection ne sont pas toujours efficients, il existe de nombreux alpages ou troupeaux pour lesquels on ne peut pas les déployer.

Dans ces situations, doit-on se résigner à voir disparaître ce pastoralisme qui participe à notre économie, au maintien de notre paysage, contribuant ainsi à notre qualité de vie et à notre bien-être?

Contreparties utopiques et surprotection

Certains loups ne semblent pas contrariés par la proximité de l’homme, ils ont été vus à plusieurs reprises dans des zones urbanisées, jusqu’à Schlieren dans la banlieue zurichoise. Cette situation n’est pas insignifiante et il serait téméraire de ne pas s’en préoccuper.

Cela étant, les événements qui se produisent chez nos voisins doivent aussi nous encourager à réguler de manière cohérente le loup. Finalement, la meilleure garantie contre le braconnage résulte sans doute d’une gestion idoine de ces prédateurs. C’est pourquoi, en continuant de me battre pour que le loup perde ses privilèges, je reste convaincu de contribuer à l’équilibre entre les espèces et à la sérénité de notre population.

Vu les nuisances que je viens d’énumérer et des contreparties toutes utopiques et abstraites de la surprotection dont il bénéficie, le loup est perçu par une partie grandissante de la population suisse comme une vache sacrée.

Seuls des fonctionnaires idéalistes à Berne et, de manière générale, les bobos déconnectés des réalités du terrain continuent à fermer les yeux sur l’incompatibilité entre ce statut d’exception et une gestion harmonieuse de cet écosystème complexe et exigu qu’est notre pays.

By |2016-06-12T11:38:39+02:0012 juin 2016|Suisse|0 Comments